Billet régional : La nécessaire séparation

Nous fêtons l’Ascension en ce mois de mai. Enfin nous aurions pu la fêter dès Pâques puisque dans l’Évangile selon Luc, la résurrection, Emmaüs et l’Ascension ont lieu le même jour, « le premier jour de la semaine », nous dit l’évangéliste au verset 1. Mais le plus surprenant est ailleurs. Jésus bénit ses disciples et se sépare. Pour couronner le tout, les disciples sont joyeux !

Alain Pelissier

Ce cocktail est assez intriguant : bénédiction, séparation et jubilation.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il est peut-être une bonne méthode de travail et de pensée ! Lorsque l’on se plonge dans les écrits du réformateur Calvin, on constate qu’il pratique l’art de la distinction. Il va séparer, fractionner les différentes responsabilités et pouvoirs dans le fonctionnement de la pensée, du religieux, de la cité. Et cela va faire souffler un vent de liberté tout à fait extraordinaire.

Séparer peut bel et bien devenir une bénédiction et porter de la joie. Dans nos vies, aujourd’hui, nous souffrons de confusion. Nos regards sur la société opèrent un désastreux mélange entre, par exemple, le gouvernement de l’État d’Israël et les juifs de l’Hexagone. En fait, nous ouvrons trop souvent un grand sac pour y jeter tout dedans. Cela produit de l’indifférence, puisque « tout va à vau-l’eau, tous piquent dans la caisse… », ou des condamnations sans appel : « Pas besoin de justice restauratrice, les prisonniers l’ont bien mérité », « les évangéliques sont trumpiens… ». Ou bien encore des sacralisations sans borne : « C’est l’homme ou la femme qu’il nous faut », « cette idée est fabuleuse… » Ces assertions sans nuance sont légion et un poison pour notre société, nos vies personnelles, familiales et ecclésiales. La séparation est bel et bien une bénédiction.

La séparation avec Jésus va offrir à ses disciples de la distance ; ils vont pouvoir répondre à l’Évangile, à l’appel, à la vocation avec la liberté de n’être pas contraints par des jugements ou la peur de mal faire. La séparation dans la bénédiction permet une existence renouvelée, élargie, agrandie ; peut-être que l’on peut même dire une existence élevée.
La fin de Luc explique que l’encouragement à vivre conduit les disciples au Temple.

Or ce temple, c’est le lieu où les paroles de Jésus n’ont pas été accueillies, le lieu des prêtres et grands-prêtres qui ont fait condamner Jésus, c’est un lieu d’hostilité. Et pourtant les disciples s’y rendent. Cela pourrait-il dire, pour nous, que malgré l’hostilité du monde à recevoir la paix du Christ, nous sommes appelés à l’annoncer avec joie ?
Vive la fête de l’Ascension !

Alain Pélissier

 

Billet publié dans le supplément Nouvelles des églises du magazine Réveil (mai 2026)

 

Billet publié dans le supplément Nouvelles des églises du magazine Réveil (mars 2026)

 

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