Dans ce contexte, la mort de Quentin Deranque le 14 février 2026 à Lyon demeure un drame humain irréductible. Aucune appartenance, aucun engagement militant, aucun conflit politique ne peut justifier la suppression d’une vie. La dignité d’une personne ne dépend ni de ses idées ni de ses affiliations. Nous exprimons notre compassion à l’égard de sa famille.
Les mobilisations qui ont suivi, de même que les affrontements qu’elles ont suscités, illustrent un climat préoccupant. Lorsque des groupes structurés autour d’identités militantes antagonistes investissent l’espace public dans une logique d’affrontement, le débat cesse d’être un échange pour devenir une démonstration de force. Qu’il s’agisse de mouvances d’extrême droite ou d’extrême gauche, la culture de la confrontation violente repose sur une même matrice : absolutiser son camp, délégitimer l’adversaire, et considérer la brutalité comme un moyen acceptable d’action politique. L’appel de l’Évangile nous impose de refuser toute forme de militantisme identitaire qui absolutise l’appartenance nationale, ethnique ou culturelle et qui s’alimente de la peur ou de la haine de l’étranger.
Il n’est pas indifférent de rappeler qu’il y a soixante ans, en 1966, Martin Luther King Jr. visitait Lyon lors d’un séjour en Europe. Pasteur baptiste et figure majeure du mouvement des droits civiques aux États-Unis, il incarnait une conviction exigeante : la non-violence n’est ni faiblesse ni passivité, mais une discipline morale et spirituelle. King écrivait : « La non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l’homme qui la manie. » Cette affirmation n’est pas un slogan, elle suppose une conversion intérieure et une maîtrise de soi que nos sociétés peinent à cultiver.
En tant que représentants des communautés chrétiennes à Lyon, nous affirmons que la fidélité au Christ ne consiste pas à choisir un camp politique, mais à maintenir une exigence éthique non négociable : la dignité inaliénable de toute personne humaine et le refus de la violence comme moyen d’expression ou de conquête du pouvoir. Nous appelons nos communautés à porter notre ville dans la prière lors de nos célébrations à venir, à intercéder pour apaisement réel des tensions, et pour la protection des plus vulnérables.
« Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Évangile de Jean 13,34-35)